Culotté(e)s magazine - Profession ? Slasheur. Activité : multiples
- Agathe Guéant

- 23 janv. 2021
- 4 min de lecture

Designer/graphiste/formateur, musicien/professeur/antiquaire, journaliste/écrivain/conférencier... Des combinaisons de métiers, il en existe des milliers pour ceux que l’on appelle les slasheurs. Ils sont 4 millions de Français à s’être adaptés à la mutation du marché du travail dans l’idée de vivre de leur(s) passion(s) en toute liberté... Pas si facile, vous dites ? Pourtant, à tous âges, des slasheurs arrivent à rompre l’isolement, les emplois du temps surchargés et l’instabilité pour faire valoir leur épanouissement tant convoité.
Bonne nouvelle ! Le marché du travail a un futur : la génération des slasheurs. Travailler autrement et librement sont leurs ambitions. Ces entrepreneurs fana du pluriel cumulent plusieurs métiers (d’où le terme de « slasheur » qui renvoie au symbole « / » et permettant de distinguer les différentes activités). « Loin d’accepter des boulots d’appoint par fatalité, le slasheur le devient par volonté », précise Isabelle Sthémer, 58 ans, qui se définit comme une slasheuse du networking. « Je n’aime pas avoir les deux pieds dans le même sabot. » Cette spécialiste des métiers du réseau (consultante, auteur, professeure et animatrice d’un club d’affaires) semble être faite pour cette vie de nomade. Mais faut-il forcément l’être pour devenir slasheur ?
Définir son projet de vie
Laura Bellet a toujours rêvé d’entreprendre - comme c’est le cas pour 50 % des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. Mais, à l’âge de 22 ans, une blessure l’oblige à interrompre sa carrière de danseuse. « J’ai changé de voie. J’ai fait une Licence en Communication spécialisée dans le luxe puis une formation en cosmétiques en alternance chez Dior. ». À 30 ans, la voilà multi-entrepreneure : elle est désormais organisatrice d’événements, manager d’équipe et community manager, comme elle le rêvait plus jeune. « Dans tous les cas, pour réussir en tant que slasheur il faut avant tout définir son projet de vie, savoir ce pour quoi on a envie de se lever le matin », explique Isabelle Sthémer. « Pour cela, il faut commencer par cibler ses motivations et ce que l’on aime faire. »
S’ouvrir à toutes les opportunités
Généralement, le slasheur se lance avec une seule activité. « J’ai d’abord lancé mon concept store de cosmétiques en ligne avant de diversifier mes activités. J’aurais pu en vivre exclusivement mais cela ne me suffisait plus en termes d’épanouissement personnel... » Les yeux grands ouverts sur les opportunités, Laura a réussi à se développer. Même chose pour Isabelle, notre spécialiste du sujet. « Après 8 ans en tant que slasheuse, j’exerce toujours dans le domaine du réseau mais je fais des choses qui n’ont rien à voir entre elles. » L’astuce d’Isabelle est culottée : accepter toutes les opportunités qui se présentent à elle. « Qu’elle aboutisse à un projet plus durable ou non, c’est enrichissant. » Le dénominateur commun de toute expérience étant le réseau. Une chose que Laura a bien comprise. « Je participe régulièrement à des séminaires, des conférences et des soirées networking. C’est important de s’entourer quand on est entrepreneur. » Surtout quand, pour Isabelle, cela permet aussi de rompre l’isolement. « En France, aujourd’hui, il existe tellement de structures, de lieux et de solutions pour s’entourer et se faire accompagner qu’il faut vraiment le vouloir pour se sentir isolé ! » Ca, c’est dit !
Il n’y a pas d’âge pour devenir slasheur
Vous constaterez d’ailleurs que le phénomène des slasheurs n’est pas une mode et ne concerne pas uniquement les jeunes. « C’est le digital et l’ouverture sur le monde qui a créé la génération des slasheurs ; avec ce nouvel accès à toutes ces connaissances et un enrichissement plus facile de tous. » Et Isabelle insiste sur le « tous ». Car, même si la majorité des 4 millions de slasheurs Français sont trentenaires et parents... « Il n’y a pas que les digital natives qui contribuent à révolutionner le monde professionnel. Il y a aussi toutes ces femmes de plus de 40 ans qui se sont fait licenciées, qui en ont marre de galérer ou, tout simplement, ont envie de penser à elles. » Isabelle fait partie de ces dernières, celles qui ont claqué la porte de l’entreprise qui l’employait. C’était en 2010. « Et quel changement formidable ! Car, finalement, nos loisirs deviennent notre activité principale ou tout du moins une partie et, qui plus est, rémunérée ! »
Rebondir pour mieux réussir
Sur la question la précarité, jeune ou sénior répondent d’une même voix : « Lorsque l’on cumule plusieurs activités, on multiplie nos chances de réussite. Même en cas de difficulté financière, on peut plus facilement rebondir qu’après un licenciement. » La sécurité de l’emploi n’est généralement pas l’un des critères recherché par le slasheur. Même s’il faut être capable de gérer son entreprise. Laura, elle, « préfère travailler beaucoup plus certains mois pour mettre de l’argent de côté et anticiper les mois les moins productifs. » Alors, oui, comme le souligne Isabelle, « c’est plus dense qu’un autre boulot et il faut pas s’endormir sur ses lauriers... Mais c’est le lot de chaque entrepreneur ! » Des entrepreneurs qui, pour éviter la surcharge de travail, s’organisent. « Chaque semaine, je me fais un planning avec des codes couleurs correspondant aux plages horaires de travail de chacune de mes activités », détaille Laura. Leur consacrer un temps à chacune rendrait plus productif... Et servirait vos autres qualités indispensables - l’envie, la curiosité, la passion, l’agilité, la créativité... Pour vous permettre, à vous aussi, de passer du rêve à la réalité.
Article publié sur le média Culotté(e)s magazine en 2016



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